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Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.

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La pandémie a laissé dans son sillage une brume pesante : des esprits sont rongés par l’incertitude et l’anxiété a fait sournoisement place à une détresse psychologique de plus en plus généralisée. Au travail, à la maison, en famille ou entre amis, un mal-être s’est insinué, porté par vingt-trois mois d’adaptation continue.


L’épuisement a entravé notre résilience. À l’occasion de la journée Bell Cause pour la cause de janvier 2022, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) a animé la causerie Santé mentale au travail : prioriser le bien-être du personnel, à laquelle ont participé M. Martin Enault ainsi que Mesdames Danièle Henkel et Geneviève Provost. Voici ce qu’ils ont tenu à dire.


En 2018, un rapport de Morneau Shepell (devenue LifeWorks, puis TELUS Santé) annonçait que plus de 500 000 employés s’absentaient du travail chaque semaine pour des raisons de santé mentale. Les coûts associés représentaient plus de 50 milliards $, et ce, avant la pandémie.


À la fin de 2020, la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) révélait que le nombre de personnes déclarant jouir d’une bonne santé mentale chutait d’un autre 23 %, passant des deux tiers de la population à moins de la moitié. Au moment de la causerie, les chiffres de 2021 n’étaient pas encore disponibles, mais tout laissait prévoir une chute marquée.


État des lieux


« Après deux ans de crise sanitaire, la prise de conscience est évidente : le bien-être est en haut de l’agenda de tous, incluant dans le milieu corporatif », assure Mme Provost, alors associée directrice pour le Québec et la région de la Capitale-Nationale chez Deloitte, et aujourd’hui associée directrice de la pratique Fiscalité et Services juridiques de Deloitte Canada et Chili.


86 % des travailleurs s’attendent à ce que leur employeur protège leur santé mentale et 70 % des employés au Canada s’inquiètent de la santé et de la sécurité psychologiques au travail, selon la CSMC. Par ailleurs, Mme Provost ajoute que « 82 % des particuliers sont en surmenage, et 50 % ont l’intention de quitter leur emploi », des chiffres inquiétants qui illustrent la décomposition émotionnelle du tissu social actuel.


« L’état des lieux est grave, souligne Mme Henkel. On a déjà parlé des employeurs seuls au sommet et il ne faut pas oublier la solitude des employés liée au télétravail et au manque de relations sociales. N’oublions pas que les départs des uns ajoutent une masse de travail supplémentaire sur les épaules des autres. On est tous fatigués. C’est la réalité aujourd’hui. Il faut en parler. Il ne faut pas simplement le dire, mais on doit trouver de vraies solutions ».


Normaliser le discours


Michel Leblanc, alors président et chef de la direction de la CCMM, poste qu’il a occupé de 2009 à 2025, n’a pas hésité à confier qu’il a partagé sa fatigue avec ses employés de façon très naturelle ces derniers mois. « C’est comme ça que je me suis mis à commencer mes infolettres. J’en ai mon truck ! Cette simple phrase ouverte aux employés leur a permis, je pense, de ne pas se sentir seuls et de pouvoir, peut-être, évoquer leur détresse ou leur épuisement à leur tour ». Depuis juin 2025, c’est Isabelle Dessureault qui assure la présidence et la direction de la CCMM.


Cette vulnérabilité qu’il évoque est aussi chère à Danièle Henkel, qui était alors à la tête des Entreprises Danièle Henkel et qui siège depuis février 2025 au Sénat du Canada à titre de sénatrice pour le Québec : « Ce n’est pas une faiblesse ou une tache. On a souvent peur de comment on est perçu. Pourtant, c’est de l’authenticité. C’est montrer qui on est vraiment. Bien sûr, la hiérarchie et le respect ont toujours leur place, mais aborder les choses de façon humaine ne peut que rassurer. Nous passons tous par des hauts et des bas, et ça ne veut pas dire qu’on est incompétent. J’ai mes moments, et je comprends quand mes employés en ont aussi ».


Mme Provost a ajouté : « Le bien-être des employés est lié à leur proximité avec leur leader. Quand c’est forcé, les gens le ressentent. Il faut dépasser cette stigmatisation, et même quelquefois auto-stigmatisation, qui empêche les gens de s’ouvrir. On se confie avec qui on se sent bien. La capacité à partager son cheminement et ses propres défis, à dire voici ce que j’ai utilisé pour m’en sortir, est une main tendue vers l’autre qui a un réel impact ».


Investir dans la santé mentale


Absentéisme, baisse de performance, épuisement professionnel, démission… les coûts sont élevés. Établir une stratégie de gestion de la santé mentale qui soit rattachée à un retour sur investissement est essentiel. C’est du moins ce que préconise un rapport de Deloitte.


« En 2019, on l’a mesuré, explique Mme Provost. Pour chaque dollar investi dans un programme de santé mentale en entreprise, le RCI médian était de 1,62 $, et au bout de trois ans, ce chiffre montait à 2,18 $. Le taux de rendement augmente avec les années ».


Ce à quoi M. Enault, entrepreneur en résidence en chef au Centech et président du conseil d’administration de Relief, répond par l’affirmative : « Les programmes peuvent être coûteux au départ, et même rébarbatifs pour une petite entreprise, mais l’impact positif et les retombées sur le long terme, mesurés et documentés, parlent d’eux-mêmes ».


La formation de leaders et de gestionnaires plus humains est un des axes privilégiés. « Avoir des individus équipés émotionnellement et capables d’intervenir en entreprise est primordial. Pas forcément tous, mais au moins des personnes ressources identifiées ».


Il propose la formation en groupe aux entrepreneurs de petites entreprises, pour répartir les coûts. « Les priorités ne sont pas les mêmes pour tous les dirigeants, selon les tailles des entreprises. Si on leur explique bien l’équation entre bien-être des employés et cashflow, ça leur parle ! »


Un enjeu complexe et de taille


« En ce moment, il y a une réaction aux cris d’alarme, on entend, on essaye de rediriger vers des experts. Il faudrait aussi investir dans la prévention, met de l’avant Mme Henkel. Aller à la source des problèmes, chercher les causes, jusque dans les écoles et les familles. C’est un enjeu complexe ».


« Au Québec, on a mis dans le même bateau santé physique et santé mentale, mais tout le monde n’a pas besoin d’être traité à l’hôpital !, s’exclame M. Enault. Je salue la volonté et l’engagement des gouvernements, mais c’est encore trop peu : la santé mentale, c’est 6 % du budget de la santé. Or, l’OMS dit qu’un pays développé devrait atteindre la barre des 12 à 15 % normalement. Oui, on investit, 200 ou 300 millions $, mais ce n’est qu’une goutte d’eau ».


L’édition 2022 de Bell Cause pour la cause a permis d’ajouter 8,2 millions $, portant l’engagement total de Bell à près de 130 millions $. Depuis 2023, Bell a remplacé le don par interaction par un versement fixe de 10 millions $ par année. Son investissement cumulé atteint aujourd’hui 194 millions $ depuis 2010.


M. Leblanc a conclu sur ces mots : « Il est vrai que le système de santé est en train de montrer ses grandes faiblesses. Nous en sommes à une étape charnière de refondation du système. Profitons-en pour faire les choses autrement ».

Santé mentale au travail : quand le bien-être devient une force

2026-09-25

ISABELLE NAESSENS

5 minutes

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Isabelle Naessens

Article publié le 28 janvier 2022, mis à jour le 25 septembre 2026 (fonctions des intervenants et références).

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