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« On ne peut plus attendre »
Henkel Média — Quand vous avez découvert que le Canada se classe seulement 64e au monde pour la santé des femmes, qu'est-ce que ça a provoqué chez vous, comme entrepreneure et comme sénatrice ?
J'ai ressenti à la fois de la surprise et une profonde inquiétude. Nous nous présentons comme un pays leader en matière d'égalité et d'accès universel aux soins. Ce classement nous oblige donc à regarder la réalité en face.
Comme entrepreneure, j'ai l'habitude de voir les chiffres comme des indicateurs. Lorsqu'un résultat est aussi faible, cela signifie qu'il y a des angles morts dans la manière dont le système est conçu, mesuré ou financé. Les données parlent d'elles-mêmes : moins de 5 % du financement mondial de la recherche est consacré à la santé des femmes. Au Canada, seulement 6 % des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada (2009–2020) ont été consacrés à la santé des femmes.
Comme sénatrice, cela m'a surtout donné un sentiment d'urgence. Derrière ce classement, il y a des millions de femmes qui vivent des diagnostics tardifs, des douleurs mal comprises ou des traitements moins adaptés. C'est précisément pour corriger ces lacunes que nous avons besoin du projet de loi S-243.
Henkel Média — Pour quelqu'un qui nous lit, comment expliquer simplement ce qu'est la loi S-243 et ce qu'elle change concrètement ?
Le constat est troublant : trop de femmes vivent avec de la douleur et des symptômes mal compris. Cela ne devrait pas être la norme dans un pays du G7. Le projet de loi S-243 part d'une idée simple : ces réalités ne doivent plus rester dans l'ombre.
Il ne crée pas un nouveau système de santé. Il propose plutôt un cadre pour mieux organiser nos efforts collectifs — en demandant au gouvernement fédéral de collaborer avec les provinces, les chercheurs et les professionnels de santé pour coordonner la recherche, améliorer les données et partager les meilleures pratiques.
« L'objectif est clair : que la santé des femmes cesse d'être un angle mort et devienne enfin une priorité pleinement reconnue dans notre système de santé. »
Henkel Média — Vous parlez d'un système « en mosaïque » où les responsabilités sont éclatées. Qu'est-ce que ça veut dire dans le parcours réel d'une femme qui cherche un diagnostic ou un traitement ?
Cela signifie que les responsabilités sont réparties entre de nombreux acteurs — provinces, ordres professionnels, universités, Santé Canada — et que l'ensemble manque souvent de coordination.
Dans le parcours réel d'une femme, cela se traduit par des années d'errance médicale. Aujourd'hui, près de 70 % des patients présentant des symptômes dits « médicalement inexpliqués » sont des femmes, et pour plus d'un millier d'affections courantes, elles sont diagnostiquées en moyenne trois ans plus tard que les hommes.
Ce n'est pas un manque de compétence des professionnels, mais un manque de vision d'ensemble. Un cadre national est essentiel pour s'assurer que les femmes accèdent plus rapidement à des diagnostics justes et à des soins adaptés.
Henkel Média — On sait qu'il peut falloir 7 à 10 ans pour diagnostiquer une endométriose. Comment S-243 peut-elle aider à réduire ces retards ?
L'endométriose touche au moins une femme sur dix en âge de procréer, et même après le diagnostic, l'attente peut durer des années avant une intervention.
S-243 crée les conditions pour réduire ces délais en coordonnant la recherche et en partageant les connaissances entre les provinces. Cela mène à une meilleure formation des professionnels et à une diffusion plus rapide des meilleures pratiques. Quand un problème devient une priorité nationale, il devient beaucoup plus difficile de l'ignorer.
Henkel Média — Le projet de loi repose sur quatre axes : comprendre, prévenir, former, coordonner. Pouvez-vous donner un exemple concret pour chacun ?
Le projet de loi structure l'action autour de quatre leviers complémentaires :
1. Comprendre — Investir davantage dans la recherche sur des conditions comme l'endométriose, les maladies cardiovasculaires chez les femmes, ou les effets différenciés de certains médicaments.
2. Prévenir — Développer des campagnes de sensibilisation et des programmes de dépistage adaptés aux réalités des femmes, par exemple pour la santé cardiaque et reproductive.
3. Former — Intégrer davantage la santé des femmes dans la formation médicale et continue, afin que les symptômes spécifiques ou atypiques soient mieux reconnus et diagnostiqués plus rapidement.
4. Coordonner — Partager les meilleures pratiques entre provinces, aligner les priorités de recherche et éviter que les efforts restent dispersés. Passer d'initiatives isolées à une approche cohérente à l'échelle nationale.
Henkel Média — Certains craignent qu'en multipliant les cadres, on affaiblisse l'idée d'un système universel. Comment répondez-vous à cette critique ?
Un système universel ne consiste pas à traiter tout le monde exactement de la même manière, mais à s'assurer qu'il fonctionne équitablement pour tous. On a trop longtemps soigné les femmes comme les hommes, alors que leurs réalités biologiques diffèrent — et cela a créé des angles morts importants dans la recherche, les diagnostics et les soins.
Par exemple, lors d'une crise cardiaque, seulement 29 % des femmes reçoivent un électrocardiogramme dans les délais recommandés, contre 38 % des hommes. Les signes précoces sont manqués dans 78 % des cas chez les femmes.
« Corriger ces angles morts ne fragilise pas l'universalisme. Au contraire, cela lui permet enfin de tenir sa promesse : un système qui fonctionne réellement pour toute la population. »
Henkel Média — En comblant l'écart de santé des femmes, on pourrait générer 37 G$ par an d'ici 2040. Qu'est-ce que ça dit du coût réel de l'inaction ?
Cela révèle d'abord le coût humain : des femmes qui vivent avec de la douleur, des symptômes minimisés et des diagnostics qui arrivent trop tard. C'est un prix que nous ne devons jamais perdre de vue.
Mais économiquement, l'inaction entraîne davantage de consultations, des complications, des absences au travail et une perte de productivité pour toute la société. Investir dans la santé des femmes est une décision intelligente pour notre système de santé, nos entreprises et l'avenir de notre économie.
Henkel Média — Pour une PME ou un cabinet professionnel, quelles sont les trois premières décisions à prendre pour s'aligner avec l'esprit de S-243 ?
Les entreprises ne sont pas en dehors du problème — elles en sont une partie de la solution. Trois actions concrètes à mettre en place :
1. Mieux comprendre — Écouter les employées et s'appuyer sur la recherche existante pour identifier les besoins et les obstacles qui persistent.
2. Adapter les pratiques de gestion — Offrir davantage de flexibilité lorsque des enjeux de santé se présentent : ménopause, santé reproductive, douleurs chroniques.
3. Sensibiliser les gestionnaires et les équipes — Plus ces réalités sont connues et comprises, plus les femmes se sentent écoutées et prises au sérieux.
Henkel Média — Quels mécanismes prévus dans la loi vous semblent essentiels pour éviter que S-243 reste une belle intention sur papier ?
Deux outils sont clés. D'abord, les conférences nationales régulières : elles rassemblent gouvernements, chercheurs, professionnels de la santé et organisations civiles pour partager données, avancées et meilleures pratiques.
Ensuite, les rapports déposés au Parlement. Ils créent une reddition de comptes publique — le gouvernement devra rendre compte des progrès réalisés, des lacunes persistantes et des mesures mises en place.
Henkel Média — Si vous deviez laisser un message à la communauté d'affaires francophone de Henkel Média : pourquoi et comment devrait-elle se mobiliser autour de la santé des femmes ?
Vous avez un rôle clé à jouer. La santé des femmes n'est pas seulement un enjeu médical ou institutionnel. C'est un enjeu économique, social et humain majeur — et les entreprises sont au cœur de cette réalité.
Les femmes représentent une part essentielle de la main-d'œuvre, de l'entrepreneuriat et de la création de valeur dans notre économie. Lorsque leur santé est mal comprise, ce sont non seulement les femmes qui en souffrent, mais aussi les familles, les milieux de travail et la performance de nos organisations.
La communauté d'affaires a toujours été un moteur de transformation. En ouvrant des conversations, en adaptant vos pratiques et en soutenant les initiatives qui font avancer les connaissances, vous contribuez non seulement à plus d'équité — mais aussi à une économie plus forte, plus innovante et plus durable.
« Le projet de loi S-243 vise à mieux structurer l'action publique. La communauté d'affaires francophone peut être un partenaire déterminant dans cette évolution. »
Le Grand Entretien : Danièle Henkel et l’Urgence de la Santé des Femmes au Canada
2026-03-25
HENKEL
10 min

Le Canada se classe au 64e rang mondial pour la santé des femmes. Pour une puissance du G7, ce chiffre est un électrochoc. Entrepreneure chevronnée et désormais sénatrice, Danièle Henkel porte au Parlement le projet de loi S-243, une initiative cruciale pour mettre fin aux « angles morts » de notre système de santé. Dans cet échange sans détour, elle nous explique pourquoi l’équité en santé est le prochain grand chantier économique et social du pays.
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