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André Filion est un conseiller stratégique et coach exécutif québécois qui co-dirige la firme Bluemind. Possédant la double expertise de CPA et de CRHA, il se spécialise dans l'accompagnement des propriétaires de PME pour le transfert et la relève d'entreprise. Son travail quotidien consiste à aligner les enjeux financiers, stratégiques et humains pour assurer le succès des repreneurs et la pérennité des organisations.

ANDRÉ FILION

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Le phénomène du repreneuriat est loin d’être marginal. Au premier trimestre 2026, près de 16 000 entreprises envisageaient un transfert dans l’année. Si vous faites partie de ce nombre, vous êtes-vous demandé si votre PME serait réellement prête à changer de mains?


Une entreprise peut être rentable, bien établie et convoitée, tout en demeurant difficile à transférer. Avant de s’engager, la personne qui envisage de reprendre votre entreprise voudra savoir si vos résultats pourront se maintenir, si l’organisation résistera à votre départ et si son potentiel justifie les risques à assumer et les capitaux requis.


Un repreneur et une repreneuse ancrera généralement son prix d’achat dans les résultats passés, démontrés et reproductibles. Mais la plus-value perçue, qui est susceptible d’être monnayée, tient aussi à la capacité de votre entreprise à fonctionner et à créer de la valeur sans dépendre de vous. Une équipe de direction solide, susceptible de demeurer en place, réduit le risque et laisse entrevoir une transition plus fluide. Cette autonomie a de la valeur, même si la personne qui reprend l’entreprise ne la soulignera pas spontanément, négociation oblige.


La transférabilité de votre entreprise peut ainsi être examinée sous trois angles complémentaires : la performance, la résilience et le potentiel.


1. Une performance démontrable et reproductible


La première étape consiste à examiner les résultats financiers : rentabilité, liquidités générées, croissance des revenus, endettement à court et à long terme, rendement sur les actifs investis, etc. Ces données sont cruciales et offrent une première lecture de l’historique de création de valeur de l’entreprise. Elles constituent le point de départ de toute analyse de performance organisationnelle.


La personne qui reprend cherchera aussi à comprendre comment ces résultats ont été obtenus et s’ils pourront être reproduits. Vos revenus sont-ils récurrents? Vos marges sont-elles bien comprises? Votre croissance repose-t-elle sur une demande durable ou surtout sur vos relations d’affaires? Les besoins futurs en fonds de roulement et en investissements sont-ils documentés?


Une entreprise performante devrait pouvoir expliquer ses résultats au moyen de données fiables, d’indicateurs pertinents et d’hypothèses claires. Elle doit distinguer sa véritable capacité organisationnelle de ce qui repose encore sur l’implication personnelle et difficilement remplaçable du propriétaire.


Une rentabilité attrayante peut masquer des équipements vieillissants, une rémunération inférieure au marché, la dépendance envers un client ou des investissements technologiques reportés. À l’inverse, des résultats modestes peuvent révéler un potentiel lorsque les causes de la sous-performance sont comprises et corrigibles, grâce aux compétences que le repreneur ou la repreneuse apportera.


La question n’est donc pas seulement de savoir si votre entreprise est rentable, mais plutôt si elle dispose d’un modèle de performance compréhensible, crédible et reproductible.


2. Une organisation capable de fonctionner sans son ou sa propriétaire


Dans plusieurs PME, le ou la propriétaire-dirigeant(e) demeure gardien(ne) des relations avec les clients, la mémoire technique et l’arbitre des décisions difficiles.


Ce modèle peut fonctionner pendant des années. Il devient toutefois une vulnérabilité importante au moment du transfert. Comme le dirait un vieux sage des fusions-acquisitions de PME : « Un one-man-show, c’est zéro. »


La formule est abrupte, mais elle traduit une réalité concrète. Plus les résultats, les relations, les connaissances et les décisions reposent sur une seule personne, ou sur quelques personnes qui ne feront pas partie de la relève, plus le risque augmente et plus la valeur attribuée à l’entreprise peut s’éroder. Cette dépendance ne compromettra pas nécessairement la transaction, mais elle pourra réduire le prix offert, multiplier les protections exigées et prolonger la cohabitation entre la personne qui cède l’entreprise et celle qui la reprend.


Que se passerait-il si vous deviez vous absenter de votre entreprise pendant trois mois? Les clients seraient-ils bien servis? Vos approvisionnements seraient-ils sécurisés? Les décisions clés seraient-elles prises? Vos employés sauraient-ils vers qui se tourner? Les standards de qualité seraient-ils maintenus?


La résilience repose sur la profondeur de l’équipe de direction, la clarté des responsabilités, la rétention des personnes clés et la formalisation des savoir-faire. Une organisation résiliente peut absorber un changement de propriétaire sans perdre ses clients, ses talents ou sa capacité d’exécution.


3. Un potentiel attrayant


Un(e) repreneur(e) n’achète pas uniquement des résultats passés. Il acquiert aussi une trajectoire de création de valeur : une position distinctive sur le marché, des occasions de croissance, une équipe mobilisée et un projet d’entreprise qu’il pourra faire évoluer.


Ce potentiel devient crédible lorsque l’orientation stratégique de l’organisation est claire et que les marchés et les transformations du secteur sont bien précisés, apportant ainsi des clés sur les capacités à développer et les investissements à réaliser.


Ce potentiel repose aussi sur des éléments moins visibles dans les états financiers : la réputation, l’équipe, la culture, la gouvernance, la propriété intellectuelle et la capacité d’innover.


Les données récentes de l’Observatoire de Repreneuriat Québec appuient cette idée : les entreprises transférées sont, en moyenne, plus productives et investissent davantage en recherche scientifique et développement expérimental (RS&DE). Le transfert ne produit pas automatiquement ces effets, mais la personne repreneuse peut apporter de nouvelles ambitions, des capitaux, des compétences, des technologies et de nouvelles pratiques de gestion, à condition que l’entreprise repose sur des fondations solides.


Votre entreprise offre-t-elle à la personne repreneuse une véritable trajectoire de création de valeur, ou la continuité de ses résultats passés?


Préparer le transfert, même lorsqu’aucune transaction n’est prévue


La préparation du transfert de votre entreprise ne devrait pas commencer au moment où vous décidez de vendre. Améliorer sa performance, renforcer sa résilience et développer son potentiel peut demander plusieurs années.


Cette démarche demeure pertinente, même sans transaction à court terme. Une entreprise transférable est généralement moins dépendante du propriétaire, mieux documentée et mieux gouvernée. Elle devient ainsi plus apte à attirer des employés, des partenaires, des investisseurs ou des acquéreurs. Elle offre aussi davantage d’options à ses actionnaires.


Rendre votre entreprise transférable ne consiste donc pas seulement à trouver qui en prendra la relève; c’est aussi la rendre plus performante, plus résiliente et mieux positionnée pour soutenir une création de valeur durable.


L’Ordre des CPA du Québec regroupe 42 000 membres et 4 500 CPA en devenir, qui représentent tous les champs d’expertise de la profession comptable : information financière, comptabilité de gestion, stratégie et gouvernance, audit et certification, finance, fiscalité.


Besoin d’y voir plus clair ? Un CPA (comptable professionnel agréé) peut vous aider à structurer vos finances et à faire les bons choix pour votre entreprise. Pour en savoir plus sur les nombreux avantages de collaborer avec un CPA, consultez le guide de l’Ordre des CPA du Québec ici.


Sources


  1. Repreneuriat Québec, « Sommet du repreneuriat — Chiffres à l’appui, les entreprises reprises sont plus productives et plus innovantes », 31 mars 2026, données de l’Observatoire de Repreneuriat Québec.

  2. Duhamel, Marc, Bilan des intentions de transfert et de fermeture d’entreprise au Québec, 2026:T1, Observatoire de Repreneuriat Québec, mars 2026; données de Statistique Canada.

Votre entreprise est-elle vraiment transférable ?

2026-09-02

ANDRÉ FILION

5 minutes

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Le triple test : performance, résilience et potentiel

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