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Dans une PME, les mauvaises nouvelles n'arrivent pas toujours en coup de tonnerre.
Elles s'installent plus discrètement : un client paie avec quelques semaines de retard, un fournisseur augmente ses prix, les stocks tournent moins vite que prévu. La marge se comprime, les liquidités se tendent. Sur papier, l'entreprise continue pourtant d'avancer. Les ventes sont là. Les employés travaillent. Les commandes entrent. La machine tourne.
Puis vient le moment où la personne qui dirige réalise que l'entreprise manque d'air.
C'est un paradoxe fréquent dans le quotidien des PME québécoises : une entreprise peut être active, appréciée, même rentable sur papier, tout en restant fragile financièrement. Pas parce que son modèle est mauvais, mais parce que les bons chiffres n'ont pas été suivis au bon moment.
Pour évaluer la santé financière d'une PME avec justesse, cinq indicateurs méritent d'être suivis chaque mois.
1. Les liquidités disponibles
Vous pouvez vendre comme jamais et manquer de liquidités la semaine prochaine. C'est même fréquent.
Les liquidités, c'est l'argent réellement disponible dans l'entreprise. Pas l'argent promis. Pas les factures envoyées. L'argent qui se trouve dans les comptes et qui peut servir immédiatement à payer les dépenses courantes.
C'est souvent le chiffre le plus important. Une entreprise peut enregistrer de bonnes ventes et se retrouver incapable d'honorer à temps ses salaires, ses fournisseurs ou ses échéances fiscales. Il suffit que les entrées arrivent trop tard et que les sorties, elles, ne patientent pas.
Trois questions à vous poser chaque mois
Combien d'argent votre entreprise possède-t-elle aujourd'hui ? Combien lui en restera-t-il dans 30, 60 et 90 jours ? Et combien de temps pourrait-elle fonctionner si les paiements clients ralentissaient ?
Une prévision de trésorerie sur 13 semaines permet de voir venir les tensions avant qu'elles deviennent urgentes — et de décider au bon moment : relancer un client, négocier un délai, reporter une dépense.
La trésorerie ne règle pas tout. Mais sans elle, plus rien ne tient longtemps.
2. La marge brute
Une vente n'est pas un profit. Ce malentendu coûte chaque année des entreprises pourtant rentables sur papier.
La marge brute indique ce que l'entreprise gagne vraiment sur ce qu'elle vend, une fois payés les coûts directement liés au produit ou au service. C'est la part de chaque vente qui reste pour couvrir les autres dépenses — et générer un profit.
Une hausse des ventes ne signifie pas toujours une amélioration de la rentabilité. Une PME peut vendre davantage, travailler plus fort, servir plus de clients… et garder moins d'argent à la fin. Cela arrive quand les coûts montent plus vite que les prix, ou quand les rabais finissent par gruger la rentabilité.
Une marge brute qui baisse mois après mois mérite une attention sérieuse. Et il ne suffit pas de regarder la marge globale : il faut la décortiquer par produit, par service, par client, par canal de vente. C'est souvent là que l'entreprise découvre une réalité inconfortable : tout ce qui se vend ne mérite pas nécessairement d'être vendu.
3. Le besoin en fonds de roulement
Plus une entreprise grandit, plus elle peut s'asphyxier. Le coupable porte un nom barbare : le BFR.
Le besoin en fonds de roulement représente l'argent immobilisé dans le fonctionnement quotidien de l'entreprise. Il comprend les sommes que les clients doivent encore payer, les stocks détenus, moins les montants dus aux fournisseurs. Cet argent existe, mais il n'est pas encore disponible.
Imaginez une PME alimentaire en croissance de 40 % sur l'année. Carnet de commandes plein. Trois mois après son meilleur trimestre, elle reporte deux paies. Pas parce que les ventes faiblissent. Parce que le BFR a explosé pendant que la marge restait identique.
Trois leviers à actionner
Encaisser plus vite — facturer le jour même, relancer sans gêne. Faire tourner les stocks — ce qui dort coûte. Négocier les délais fournisseurs — quand le rapport de force le permet.
La règle est simple : si le besoin en fonds de roulement augmente plus vite que les ventes, la croissance commence à coûter plus cher qu'elle ne rapporte. C'est précisément ce qu'un ou une CPA voit avant la personne qui dirige.
4. Le résultat d'exploitation
Le résultat de fin d'année peut mentir. Voici le vrai chiffre à regarder en cours de route.
Le résultat d'exploitation mesure la performance du cœur de l'activité de l'entreprise. Il montre ce qu'il reste une fois les charges courantes payées : salaires, loyer, achats, assurances, énergie, logiciels, frais professionnels.
Il se concentre sur les opérations normales, sans être brouillé par les intérêts, la fiscalité ou les événements exceptionnels. Il répond à une question simple : est-ce que le cœur du modèle fonctionne ?
Il devrait être suivi en dollars, mais aussi en pourcentage du chiffre d'affaires. Une entreprise qui vend plus, mais dont le résultat d'exploitation baisse, envoie un signal clair.
Quelque chose se passe sous la surface.
Un suivi mensuel permet de repérer rapidement les écarts : une masse salariale qui monte trop vite, des frais fixes qui s'accumulent, des abonnements oubliés, des coûts qui deviennent lourds à force de se répéter.
Attendre la fin de l'année pour découvrir ces dérives revient à regarder dans le rétroviseur après avoir manqué la sortie.
5. Ratio d’endettement et capacité de remboursement
Toute dette est un pari sur l'avenir. Bien utilisée, elle finance la croissance, l'équipement, l'expansion, l'acquisition d'un concurrent. Mal calibrée, elle prend l'entreprise en otage.
Le ratio d’endettement permet d’estimer la capacité de remboursement, c’est–à-dire si l'entreprise génère suffisamment d'argent pour respecter ses remboursements de dette, sans mettre en péril ses autres obligations. C'est un indicateur de solidité, mais aussi de liberté.
Une PME trop endettée peut perdre sa capacité à investir au bon moment. Elle peut hésiter à recruter. Elle peut devenir plus vulnérable à une baisse des ventes ou à un imprévu.
Avant une grande décision — embauche, achat d'équipement, ouverture d'un nouveau point de service, demande de financement — ce chiffre mérite d'être regardé de près.
La question n'est pas seulement : pouvons-nous obtenir ce financement ?
La vraie question est : pouvons-nous vivre durablement avec cette obligation ?
Une routine, pas une montagne
Suivre ces cinq chiffres ne signifie pas devenir comptable. L'objectif n'est pas de produire des tableaux compliqués. L'objectif est de mieux décider.
Une page peut suffire. Cinq indicateurs. Leur évolution sur les 12 derniers mois. Une rencontre mensuelle. Une heure pour comprendre ce qui va bien, ce qui glisse, ce qui exige une décision.
Un comptable inscrit. Un ou une CPA lit.
C'est là que l'accompagnement d'un ou une CPA prend tout son sens. Non seulement pour produire des chiffres, mais pour les interpréter. Pour distinguer un simple écart d'un vrai signal d'alerte. Pour aider la personne à la barre à passer de la réaction à l'anticipation. C'est la différence entre savoir où on est et savoir où on va.
La santé financière d'une entreprise ne se résume jamais à un seul indicateur. Elle se lit dans les tendances. Dans les écarts. Dans les petits mouvements répétés qui, mois après mois, racontent la vraie histoire de l'entreprise.
Commencez par un café avec un ou une CPA. Une heure. Cinq chiffres. Une décision plus claire que la précédente.
Et cette histoire, mieux vaut la lire pendant qu'il est encore temps d'en changer la suite.
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Les 5 indicateurs financiers à suivre chaque mois dans une PME
1. Les liquidités disponibles — l'argent réellement accessible pour payer les dépenses courantes.
2. La marge brute — ce qu'il reste sur les ventes après les coûts directs.
3. Le besoin en fonds de roulement (BFR) — l'argent immobilisé dans les opérations quotidiennes.
4. Le résultat d'exploitation — la rentabilité de l'activité principale.
5. La capacité de remboursement — la capacité à soutenir la dette sans fragiliser l'entreprise.
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L’Ordre des CPA du Québec regroupe 42 000 membres et 4 500 CPA en devenir, qui représentent tous les champs d’expertise de la profession comptable : information financière, comptabilité de gestion, stratégie et gouvernance, audit et certification, finance, fiscalité.
Besoin d’y voir plus clair ? Un CPA (comptable professionnel agréé) peut vous aider à structurer vos finances et à faire les bons choix pour votre entreprise. Pour en savoir plus sur les nombreux avantages de collaborer avec un CPA, consultez le guide de l’Ordre des CPA du Québec ici.
Avant que l'entreprise manque d'air : cinq chiffres à surveiller chaque mois
2026-06-17
HENKEL
6 minutes

Cinq chiffres. Une page. Un rendez-vous mensuel. Entre piloter et subir, la frontière est souvent aussi simple que cela.





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